Les grands écuyers de Saumur

 

 

Jean-Baptiste Cordier

Vie équestre

Jean-Baptiste Cordier ( 1771-1849 ), issu de l'École de Versailles, prolonge les traditions de la Grande Écurie du Roi. Quoique de statut civil, il tient une place durable dans les écoles militaires, d'abord écuyer à Saint-Germain, écuyer en chef à l'École d'instruction des troupes à cheval de Saumur de 1816 à 1822, puis à l'École d'application de Versailles et à nouveau à Saumur de 1825 à 1833.

Il y est assisté par deux écuyers réputés, l'aimable Monsieur Rousselet, qui savait parler à l'oreille des chevaux rétifs, et l'actif Antoine-Bénigne Flandrin, en même temps professeur d'hippiatrique, qui publie, entre autres, à Saumur, en 1855, chez Mademoiselle Niverlet, " Instruction de la cavalerie. Matériaux d'hippygie " et qu'on voit à droite lithographié par Charles Aubry.

On reconnaît à ces écuyers le mérite d'avoir résisté aux modes anglaises, alors envahissantes, et d'avoir défendu les traditions françaises. Ils sont hostiles à l'équitation simplifiée à l'usage des militaires que prônait Ducroc de Chabannes ; ils maintiennent l'équitation savante des anciens manèges royaux. Cordier y ajoute quelques principes personnels, comme celui de creuser les reins et de porter le nombril en avant. Il a exposé une première fois sa méthode dans son " Traité raisonné d'équitation, en harmonie avec l'ordonnance de cavalerie, d'après les principes mis en pratique à l'École Royale d'application de la cavalerie de Versailles ", Paris, Anselin et Pochard, 1824. Il met à jour sa méthode, en collaboration avec Antoine Flandrin, dans son " Cours d'équitation militaire à l'usage des corps de troupes à cheval ", Saumur, Degouy, et Paris, Anselin, 2 vol., 1830, un manuel officieux jusqu'aux premières contestations.

Ouvrages

 

François Baucher

François Baucher (16 juin 1796 - 1873) fut un maître de dressage français du XIXe siècle.
Bien que n’ayant jamais appartenu au manège de Saumur, il y donna un stage  réservé à 24 officiers de l’état-major de l’Ecole de cavalerie et à 48 capitaines et lieutenants détachés des corps de troupe.

Vie équestre

Né le 16 juin 1796 à Versailles dans une famille modeste, (son père était marchand de vin), il part en Italie à 14 ans chez son oncle qui dirigeait à Milan les écuries du prince Borghèse et suit les leçons du maître Frederico Mazzuchelli qui lui enseignera ce qui devait devenir la base de son équitation (dite de la première manière) : « annihiler toute volonté chez le cheval et la remplacer par celle du cavalier ».

De retour en France, il deviendra piqueur chez le Duc de Berry jusqu'en 1820 où il prend la direction de deux manèges au Havre et à Rouen.

C'est en montant un cheval lourd à la main « Bienfaisant », qu'il eut l'intuition d'« opposer une tension de rêne égale à la force que mettait l'animal à lui résister » attendant que les contractions parasites de la nuque et de l'encolure aient cédé.

Il publie en 1833 son Dictionnaire d'Équitation, où il expose les bases de sa méthode. Cet ouvrage est resté une référence jusqu'à nos jours même si l'humilité n'apparaît pas comme une caractéristique de son auteur : « ... longtemps, j'ai douté du succès car j'avais peine à croire que tous les écuyers se fussent trompés jusqu'à ce jour... »

En 1834, il revient à Paris au manège de la rue Saint-Martin. C'est là que commence la rivalité avec un autre maître qui officiait non loin de là au manège de la rue Duphot, le Vicomte d'Aure. « Je le dis hautement, le rassembler n'a jamais été compris ni défini avant moi. »

Il acceptera de se produire au cirque des Champs-Élysées (avec Partisan et Capitaine) à la condition de ne partager la vedette avec personne : « Je veux bien me faire voir pour 10 sous, mais seul, sans partager les bravos. »

Il présentera, outre les airs d'école et les changements de pied au temps (dont il revendique la paternité... ainsi que d'Aure), des numéros plus éloignés de l'art équestre (cheval assis à table, tirant le canon etc.). En 1837, il publie son deuxième ouvrage Le résumé complet des principes de la nouvelle méthode, suivi par Les passe-temps équestres (1840), le Dialogue sur l'équitation (1841) et en 1842 par sa Méthode d'équitation basée sur de nouveaux principes. Ce dernier ouvrage fut un succès éclatant avec trois éditions en moins de six mois.

À cette époque, la guerre est ouverte entre les Baucheristes et les d'Auristes qui sera portée à son point culminant par l'« affaire Géricault ». Ce pur-sang ombrageux appartenant à Lord Seymour avait désarçonné tous ses cavaliers et son propriétaire avait annoncé qu'il offrirait le cheval à qui ferait le tour du bois de Boulogne sans être désarçonné. Après qu'un élève de d'Aure eut échoué après 200 m, c'est un élève de Baucher qui releva le défi et qui parvint à gagner le pari (plus en faisant encadrer Géricault par une dizaine d'autres chevaux que par ses propres qualités équestres) et ramena le cheval au manège de Baucher. Mais un mois plus tard, après un dressage mené dans le plus grand secret, c'est le maître lui-même qui présenta Géricault dans une reprise classique et triompha devant le tout Paris et notamment le Duc d'Orléans qui devait devenir son protecteur. La revanche de d'Aure (« un casse-cou, un massacre » Baucher dixit) fut de devenir en 1847 écuyer en chef du Manège de Saumur, ce dont rêvera Baucher sans jamais y parvenir.

En 1855, il est victime d'un accident au manège, écrasé par la chute d'un lustre alors qu'il travaillait un cheval à pied ce qui entraînera un handicap physique (il ne pourra plus remettre ses bottes) et l'amènera à formuler sa « deuxième manière » exposée à partir de la 12e édition de sa Méthode (1864) où les « forces instinctives » ne seront plus annihilées mais « réduites » voire « harmonisées ». C'est à cette époque que naît sa formule « main sans jambes, jambes sans main. »

François Baucher meurt en 1873. Ses plus célèbres disciples seront le Général Alexis L'Hotte (qui interdira plus tard l'application de sa méthode dans l'armée) et le général Faverot de Kerbrech.

Ses grands préceptes basés sur la recherche absolue de la légèreté restent d'actualité.

Ouvrages

 

 

Comte d'Aure

Le vicomte d'Aure était un écuyer (cavalier) Français né à Toulouse, le 2 juin 1799 (15 Prairial VII).

Vie équestre

Antoine Henri Philippe Léon Cartier d'Aure passe avec succès à 15 ans l'examen d'entrée à Saint-Cyr et entre en 1821 à l'École de Versailles sous la direction de Pierre-Marie d'Abzac. Il y montrera des qualités d'assiette et de dextérité ainsi qu'une audace à cheval qui feront dire à son maître : « Vois tu celui là ! Eh bien ne fais jamais comme lui. » C'est pourtant d'Aure lui même qui remplacera d'Abzac à sa mort en 1827 à la tête du manège de Versailles.

Aussi brillant homme du monde que brillant cavalier, il est la coqueluche de la cour de Louis XVIII puis de Charles X. Il publie de nombreuses brochures (sur la situation de l'élevage équin en France, sur les Haras, sur sa conception d'une école équestre modèle etc.). Il innovera au manège de Versailles en allant essayer voire en débourrant lui même aux haras les jeunes chevaux « qui n'avaient porté que des mouches » destinés à la remonte. Imbu des principes classiques de l'école, il est enclin à les simplifier et à les adapter à l'équitation d'extérieur. À la fin du règne de Charles X, en 1830, l'école de Versailles est supprimée et d'Aure créera successivement trois manèges toujours avec un succès éclatant mais avec des résultats financiers plus ou moins heureux. Sa seconde entreprise, le manège de la rue Duphot, particulièrement luxueux fut un fiasco financier – « Un d'Aure ne s'intéresse pas à ces détails sordides... » – et il se retrouvera en faillite. Grâce à l'aide de Lord Seymour, il se remettra à flot et ouvrira son troisième manège, rue de la chaussée d'Antin.

De cette époque date la fameuse querelle avec Baucher lorsqu'il répondit à la Méthode d'équitation de ce dernier par ses Réflexions sur une nouvelle méthode d'équitation (1842) commençant par une citation de La Fontaine sur la montagne qui accouche d'une souris... D'Aure publie son Traité d'équitation en 1834, œuvre majeure qui connaîtra neuf rééditions.

Il intrigua longtemps pour devenir Écuyer en chef à Saumur mais se heurta au maréchal Soult, ministre de la Guerre, et ce ne fut qu'en 1847, au départ en retraite de ce dernier qu'il obtint ce poste grâce au soutien du duc de Nemours, d'Auriste fervent (et anti-bauchériste non moins convaincu).

Nommé à Saumur, il développe l'équitation d'extérieur – « Lorsqu'on charge, les appuyers et les contre-changements de main ne servent pas à grand-chose » – mais subjugue les écuyers par sa maîtrise et sa connaissance du cheval, même si le fait d'être civil lui amène quelques frictions avec les militaires, notamment avec le colonel Jacquemin, commandant en second l'École. Parmi ses élèves, se trouve d'ailleurs un jeune lieutenant, Alexis L'Hotte : « Il jouait avec les rênes comme avec de légers rubans qu'on craindrait de casser ».
En 1848, à l'exil de Louis-Philippe Ier, il présente sa démission par fidélité aux Orléans mais reviendra sur sa décision quelques mois plus tard et restera à Saumur jusqu'en 1855, fatigué et malade après avoir publié en 1853 son Cours d'équitation, ouvrage considéré comme supérieur à son traité de 1834.

Nommé successivement à la direction des Écuries de Napoléon III, écuyer de l'Empereur et inspecteur général des haras, il s'éteint le 6 août 1863.

Citations

Ouvrages

Le capitaine Raabe

  Charles-Hubert Raabe l’un des écuyers les plus célèbres du dix neuvième siècle, a toujours cultivé le paradoxe. D’origine alsacienne, il est né à Bayonne le 3 mai 1811.

  Le cheval, enfin, ne le passionnait guère et s’il s’est engagé, le jour de ses 19 ans, au sixième Lanciers, c’est probablement parce que la solde y était plus élevée que chez les fantassins ou les artilleurs qui avaient pourtant sa préférence.

  Fils d’ouvrier, ayant grandi dans un milieu très modeste, Charles-Hubert Raabe étonna tout de suite ses supérieurs par son intelligence très au-dessus de la moyenne son esprit mordant et sa facilité d’adaptation. En moins de deux mois, il était devenu un cavalier très acceptable et fut aussitôt nommé brigadier. Un an plus tard, c’est lui qui instruisait les jeunes recrues; son lieutenant lui faisait toute confiance!

  Le général Decarpentry l’a décrit comme « un théoricien rigoureux, un exécutant remarquable, l’un des piliers de la nouvelle Eglise équestre, tant par ses ouvrages que par son enseignement pratique

  Très doué, Raabe avait pourtant un grave défaut aux yeux de la société militaire de l’époque, hiérarchisée et conservatrice. Critique impitoya­ble, c’était aussi un polémiste ardent. On ne le lui pardonna pas! Il mit dix ans pour devenir sous-lieutenant et resta capitaine après trente et un ans de service!

  Lorsqu’il prit sa retraite, le 5 décembre 1861, il était pourtant considéré comme un maître.

Après avoir franchi tous les grades de sous-officier dans son régiment d’origine, Raabe, enfin nommé sous-lieutenant, va suivre à Saumur, en 1842, le cours des officiers d’instruction. Il y subira deux influences celle du commandant Rousselet d’abord, «l’homme qui savait parler aux che­vaux », qui lui apprit la légèreté; celle de Baucher ensuite, invité par l’Ecuyer en chef, le comman­dant de Novital, à faire l’expérience de sa nouvelle méthode dans le temple de l’équitation.

  Raabe ne participa pas au stage de Baucher réservé à 24 officiers de l’état-major de l’Ecole de cavalerie et à 48 capitaines et lieutenants détachés des corps de troupe. Les leçons se déroulaient cinq fois par jour, dans le Manège des Dieux et Raabe, dès que son emploi du temps le lui permettait, était le spectateur assidu et discret des reprises du grand Baucher.

  Baucher devait professer à Saumur trois mois, mais le général de Sparre écourta sa mission qui n’apparaissait pas concluante au bout d’un mois et demi. Raabe, lui, avait été conquis d’emblée et, chaque soir, il mettait en pratique ce qu’il avait vu et entendu. Et lu, aussi, car il s’imprégnait du premier ouvrage de Baucher « Dictionnaire raisonné d’équitation », qu’un libraire de Saumur avait eu beaucoup de mal à lui procurer.

  La disgrâce de Baucher coïncida presque avec la fin du cours de Raabe que ses qualités avaient fait inscrire sur la liste des officiers susceptibles d’être proposés au ministre de la guerre pour l’emploi de sous-écuyer. Mais l’admiration qu’il professait à l’égard de Baucher qui ne lui avait pourtant jamais adressé la parole, lui coûta cette promotion. En 1843, il ne fallait pas être Bauchériste. Cela n’empêcha pas Raabe de profiter d’une longue permission pour aller suivre à ses frais les cours de Baucher à Paris. Le maître et l’élève, cette fois, se parlèrent longuement et Baucher, constatant qu’il avait à faire à un cavalier d’excep­tion, insista pour ne pas être payé.

  De retour au sixième de Lanciers, Raabe est nommé lieutenant en 1844 et presque aussitôt puni de 30 jours d’arrêts de rigueur pour insubordi­nation. Il refusait tout simplement d’appliquer le manuel.

  Trente jours dans sa chambre qu’il mettra à profit pour écrire un « Manuel équestre pour dresser les jeunes chevaux d’après les principes de M. Baucher », en fait un plaidoyer pour la méthode Baucher légèrement amendée, afin d’en permettre l’instauration dans l’armée malgré la défaveur ministérielle. L’ouvrage parut, à compte d’auteur, quelques mois plus tard.

  Bien que sa diffusion fut réduite, cela ne facilita pas l’avancement de Raabe qui n’en avait cure. En 1847, il récidive avec un «Résumé de la nouvelle école d’équitation », paru à Metz où son régiment tenait garnison.

  En 1848, Raabe est enfin capitaine, mais l’année suivante il est placé en situation de non-activité par retrait d’emploi. L’homme dérange par son emportement, sa politesse glacée, son humour mordant.

Pendant presque trois ans, Raabe va donner des cours d’équitation à Lunéville, puis à Paris, avant d’être rappelé au service et affecté le 3 avril 1852 au sixième Dragons. Plaisantant lui-même de sa très haute taille il mesurait 1,96 m, il prétendit alors que le cimier de sa «citrouille» (c’était le nom donné au casque de cuivre) dépassait de 2,10 m le niveau de la mer! Ses jambes étaient tellement longues qu’il ne pouvait utiliser les étrivières du modèle courant. Avant de pouvoir en commander sur mesure, il dut monter sans étrier, ce qui lui avait donné une solidité en selle incomparable. Ses bras étaient également très longs et cette disposition physique contribua sans doute pour une part importante à l’habileté éton­nante qu’il acquit dans le travail à pied à l’aide de la cravache.

  Au sixième Dragons, Raabe put expliquer sa méthode sans crainte de déplaire. Le colonel était aussi un admirateur de Baucher. Mais cet incorrigible polémiste va compromettre une nou­velle fois sa carrière. Depuis 1847, il peste contre le comte d’Aure, ce détracteur de Baucher qui a été nommé Ecuyer en chef. Il publie à Marseille où son régiment est dans l’attente d’embarquer pour Sébastopol et la guerre de Crimée, un pamphlet intitulé « Examen du cours d’équita­tion de M. d’Aure ».

  Critiquer celui qui était considéré comme le meilleur écuyer de son époque était un crime de lèse-majesté, d’autant que le comte d’Aure protesta auprès du ministre et répliqua dans le journal « Les Débats ». Résultat, trente nouveaux jours d’arrêt de rigueur pour Raabe... accomplis pendant la traversée de la Méditerranée et de la mer Noire!

  Le 25 octobre 1854, Raabe apprend la mort de Nolan à Balaclava la plus belle, mais aussi la plus stupide charge de l’histoire de la cavalerie anglaise. Huit cents morts pour rien, l’équivalent de deux régiments, la deuxième brigade légère, fauchée par les obus russes dans une vallée encaissée. Raabe dit très haut ce que chacun pense. Il écopera encore de trente jours d’arrêt qui lui permettront d’écrire « Examen du traité de locomotion du cheval relatif à l’équitation de M.J. Daudel» (un officier de Chasseurs d’Afri­que), critique impitoyable du manuel officiel.

Rentré en France en 1855, Raabe publiera encore quatre nouveaux « Examens », toujours rédigés dans le même esprit.

  Le 5 décembre 1861, il est retraité pour ancienneté de service. Il deviendra alors Ecuyer ­professeur à Paris et continuera à publier régulière­ment des ouvrages aussi différents que « La locomotion du cheval », « Hippo-Lasso », «Méthode de haute-école d’équitation » ou bien « Théorie raisonnée de l’Ecole de cavalerie à cheval » et « Traité de haute-école d’équitation ».

Le général Decarpentry écrira plus tard

  « Raabe a étudié avec une perspicacité remarqua­ble la locomotion du cheval, et il en a établi une théorie qui le classe au premier rang des maîtres de l’hippologie. Lorsque cinquante ans plus tard, la chronophotographie put fournir sur le méca­nisme des allures des séries de documents irréfuta­bles, ils confirmèrent l’exactitude de la plupart des observations que Raabe avait faites avec le seul secours de ses yeux, et la justesse des déductions qu’il en avait tirées ».

  Raabe enseignera longtemps à Paris dans le quartier de l’Ecole militaire! Avant de commencer les flexions, il procède à la conquête de l’impulsion sous l’action de la cravache, laquelle, entre les mains d’un habile écuyer est une véritable baguette magique

A 75 ans, on le décrit dressant sa jument Soucoupe », réformée pour méchanceté « Sou­coupe parcourait au petit galop le manège en tous sens, aux changements de pied au temps, tenue en main par Raabe, qui marchait à côté d’elle à hauteur des épaules, aux grands pas de ses longues jambes. Il tenait d’une seule main au-dessus de la selle les rênes de bride et la cravache qu’il posait alternativement sur l’une et l’autre hanche ».

  Il mourut à 78 ans, d’une crise cardiaque, en rentrant chez lui vers 18 heures il avait passé la journée au manège!

Ouvrages

 

Général L'Hotte

 

Alexis L'Hotte, plus connu sous l'appellation de Général L'Hotte, était un cavalier français. Il est né à Lunéville le 25 mars 1825.

Vie équestre

Jusqu'à l'âge de 15 ans, il passe plus de temps avec le commandant Dupuis, écuyer de l'école de Versailles, qu'avec ses professeurs, ce qui ne l'empêchera pas d' entrer à Saint-Cyr à 17 ans. Deux ans plus tard, il entre à l'École de cavalerie de Saumur, alors sous le commandement de Delherm de Novital (dont il dresse dans ses mémoires un portrait peu flatteur) et travaille avec le commandant Rousselet. En tant qu'officier de cavalerie, il est ensuite affecté à diverses missions de "maintien de l'ordre". Il prend alors conscience de l'écart qui existe entre l'équitation savante et l'équitation de campagne et lui fait préconiser la pratique du trot enlevé (dit alors à l'anglaise) pour les hommes du rang. Affecté à Saumur aux Guides d'état major, il rencontre d'Aure écuyer en chef depuis 1 an. Un peu plus tard, appelé à réprimer la révolte des Canuts, il est envoyé à Lyon ou il rencontre par hasard François Baucher dont il devient l'élève et l'ami. Il commence dès alors la synthèse entre les deux écoles rivales, discernant ce que la méthode baucheriste avait d'inadapté à une équitation militaire. Il revient à Saumur en tant que lieutenant d'instruction en 1850. Devenu capitaine instructeur à Lille, il monte 12 chevaux par jour, restant en selle 13 à 14 heures. Nommé au commandement de la section de cavalerie de Saint-Cyr, il est remarqué par l'empereur Napoléon III ce qui lui vaudra en 1864 sa nomination au poste d'Écuyer en chef à Saumur. Sa première décision fut de bannir le travail de haute école sauf pour ses chevaux personnels. Cette apparente infidélité à Baucher montre en fait que peut être le premier, il avait compris l'unité fondamentale de l'équitation avec une diversité de moyens.

Il participe avec le manège de Saumur au premier concours de la Société Hippique Française à Paris en 1866 ou il remporte un véritable triomphe. Pendant les six ans qu'il passe à Saumur comme écuyer en chef, il est véritablement adulé par ses élèves, même si ceux-ci lui reprochent d'être avare de ses conseils ce qui lui vaudra les surnoms de "sublime muet" ou de "lumière sous le boisseau". Effectivement, autant son œuvre écrite montre ses qualités de pédagogue, autant il restait silencieux voire taciturne au manège et citant Baucher, « je suis arrivé à cette conclusion que, plus et mieux l'on sait, moins on en dit ».
Le général L'Hotte mit au point un mors de brise à canon cintré qui porte son nom, plus confortable pour le cheval et qui est aujourd'hui le plus couramment utilisé en dressage.

En 1870, le manège de Saumur est dissous et l'Hotte, promu Colonel, commande le premier Dragon et sera encerclé dans Paris. Il rendra alors souvent visite à Baucher, alors retiré et presque infirme. A la tête du sixième Lanciers, il participe avec les versaillais à la sanglante répression de la Commune. Général de Brigade en 1874, il fera enfin triompher ses idées et le trot enlevé sera enseigné dans les écoles militaires d'équitation. Il revient pour la quatrième fois à Saumur en tant que général commandant l'école. Il terminera sa carrière militaire couvert d'honneurs, inspecteur général de la cavalerie, général de corps d'armée, président du conseil de la cavalerie jusqu'à sa retraite en 1880. Montant encore chaque matin ses trois chevaux (ce qu'il fera jusqu'à l'âge de 77 ans) il rédige ses ouvrages "Un officier de cavalerie", où il campe les portraits des grands écuyers de son temps et surtout les "Questions équestres", synthèse de l'enseignement des deux grands rivaux dont il fut à la fois l'élève et l'ami ainsi que de son immense expérience équestre. Ces deux livres ne paraîtront qu'en 1905 et 1906, après sa mort, le 3 février 1904, à Lunéville ou il s'était retiré. Dans son testament, il ordonne « Je veux épargner la déchéance à mes trois chevaux, Glorieux, Domfront et Insensé. Qu'ils soient immédiatement abattus d'une balle de revolver. », décision cruelle d'un orgueilleux, ou sincère volonté d'un amoureux des chevaux, soucieux d'épargner un sort médiocre à ses compagnons.

Citations

Ouvrages

Capitaine Saint Phalle

Né en 1867, le marquis de Saint Phalle, issu d’une bonne famille, fit des études brillantes et fut reçu à la fois à Saint-Cyr et à l’École polytechnique. Il choisit Saint-Cyr et la cavalerie, sans doute par passion. Il conserva toutefois l’esprit mathématique qui le dis­tinguait et qui est perceptible dans ses ouvrages. Travailleur acharné et cavalier orgueilleux, il n’admettait pas l’échec.

Vie équestre

Il fit l’acquisition d’une jument très perturbée, qui s’emballait svstématiquement au point qu’il était impossible, pratiquement, de la monter et entreprit de la dresser malgré l’avis contraire de son entourage. Il se consuma littéralement à cette tâche, travaillant des heures en manège et consultant des centaines d’ouvrages. Il restait jusque tard dans la nuit à son bureau, accumulant les notes fébrilement. De ce travail naîtra son premier ouvrage : Dressage et emploi du cheval de selle (publié en 1899).

Ce livre, ajouté à son talent équestre, en fit un personnage célèbre dans le milieu du cheval. Ses jugements catégoriques sur les maîtres du passé ne manquaient pas de soulever de nombreuses polémiques. En 1901, alors qu’il jouissait déjà d’une belle réputation, le marquis de Saint Phalle fut envoyé au cours d’instruction de Saumur. On l’y attendait, naturellement, de pied ferme. Voici ce que raconte Étienne Saurel dans son Histoire de l’équitation des origines à nos jours: «L’accueil fut mitigé. Tandis que les camarades restaient dans l’expectative, le général inspecteur, de passage, lui décocha un: «Tiens! Voilà un maître qui vient à l’école», et le commandant ajouta un ou deux chevaux à son piquet réglementaire, sans doute pour faire bonne mesure. Saint Phalle comprit sans mal, releva le défi et, menant de front équitation et études, travailla comme un forcené, prit sur ses nuits, se surmena et sortit avec mention «très bien».

Il fut alors affecté au Cadre noir comme capitaine écuyer. Il travaillait énormément, passait de longues heures en selle en dehors des reprises et de l’enseignement. Il montait et dressait de nombreux chevaux — surtout des juments — qu’il amenait aux airs de haute école et aux airs de fantaisie, comme le trot ou le galop en arrière et le galop sur trois jambes. Il consacrait également du temps à l’étude, prennent beaucoup de notes pour un nouvel ouvrage.

En publiant une méthode à trente deux ans, Saint Phalle avait fait preuve d’une certaine assurance, qu’on ne manqua pas de lui reprocher. James Fillis, notamment, l’accusa de se placer au dessus des grands maîtres du passé sans leur porter le respect qui leur était dû. Entre les deux écuyers, le ton monta rapidement. Critiques et explications publiques, pamphlets, réponses, leur différend enfla au point de devenir une controverse qui agita le monde de l’équitation. Pour finir, en 1904, Fillis mit Saint Phalle au défi d’exécuter en public les airs de fantaisie qu’il se vantait de maîtriser et, en particulier, d’obtenir un changement de pied au galop en arrière.

Saint Phalle releva le défi et se mit à travailler d’arrache-pied avec sa jument demi-sang Théo et son pur-sang arabe Iran. Sa santé, déjà altérée par le surmenage, l’obligea à plusieurs reprises à interrompre son entraînement, mais, en août I905, il fut à même de présenter, devant un jury composé de trois écuyers, les airs en question. Le procès-verbal signé par le capitaine Lafont et accompagné de photos fut envoyé à Fillis. Mais Saint Phalle avait sans doute trop tiré sur la corde et ne se remit jamais des efforts excessifs qu’il s’était imposés. Il tomba malade et, après plusieurs séjours en sanatorium qui lui laissèrent tout juste le temps d’achever Équitation, son deuxième ouvrage, il s’éteignit à l’âge de quarante et un ans.

Ouvrages

Capitaine Etienne Beudant

Etienne Beudant, surnommé "l'écuyer mirobolant" par le général Decarpentry, est un écuyer français, né à Paris le 30 décembre 1863 et mort en 1949.

Vie équestre

Élève du général Faverot de Kerbrech, formé à Saumur comme officier de cavalerie, Etienne Beudant appartient à la lignée bauchériste des écuyers français. Il appliqua notamment le précepte célèbre de Baucher, "mains sans jambes, jambes sans mains", qu'il transforma en "mains sans jambes".

Son talent personnel et son habileté à cheval ont été saluées par quelques-uns de ses contemporains (voir ci-dessous), mais dans l'ensemble, le capitaine resta dans l'ombre.
Toujours en recherche d'une équitation légère, Beudant travailla sans relâche avec ses chevaux et écrivit plusieurs ouvrages. Il voulut montrer que même des chevaux modestes pouvaient donner de grands résultats.

Ce qu'en pensaient ses contemporains :

Général Decarpentry : « Beudant est l’écuyer le plus mirobolant que j’ai jamais rencontré – je n’ai pas connu d’exécutant pouvant lui être comparé – J’ai vu Mabrouk et son travail de haute-école tenait de l’invraisemblable. »

Voici le passage d’une lettre que le Général Decarpentry adresse à Beudant en 1920 :

« … Permettez-moi de bien préciser deux sens différents du même mot : Écuyer – Dans son véritable sens, l’écuyer est un virtuose de l’art équestre, un artiste joignant à toutes les connaissances théoriques de son art une technique impeccable et la « maestria » dans l’exécution. Je vous considère donc comme un écuyer éminent, et j’arrête de suite votre prostestation :  il s’agit d’une définition et non d’une flagornerie. Je suis rempli d’admiration par l’énumération de tout ce que vous obtenez de vos chevaux et que je n’oserai certainement jamais demander aux miens. – Au sens de l’École de cavalerie, Écuyer veut dire « instructeur d’équitation », et c’est seulement dans ce sens que je suis un écuyer. Je suis par-dessus tout un « pion » de l’enseignement équestre, une manière de « frère ignorantin » de l’équitation. J’ai toutes les peines du monde à obtenir de mes chevaux la légèreté aux trois allures et je crois fort que je n’y arriverais certainement pas sans passer par la longue filière de tous les assouplissements locaux, méthodiquement gradués et patiemment suivis. Votre virtuosité vous permet de vous en passer et je ne vous en admire que davantage. Par exemple, je me permets de croire qu’il serait extrêmement dangereux pour la moyenne des cavaliers d’en faire autant, ainsi que vous en semblez en envisager la possibilité… »


Colonel-vétérinaire Monod (Directeur du Service Vétérinaire des Troupes et Chef de l'élevage au Maroc) : « Une maîtrise de soi absolue, une patience à toute épreuve, la fermeté alliée à la douceur, une observation soutenue, un jugement sûr, une position impeccable, toutes ces qualités, Beudant les possède à un degré tel que dans les dressages de ses chevaux, les mécomptes sont inconnus. »


Général Henrys (commandant en chef au Maroc de 1915-1916) : « J’ai vu travailler tous les grands écuyers de ma génération, entre autres le général l’Hotte. Aucun ne m’a laissé l’impression de perfection idéale de Beudant. »


Trois anciens Écuyers en chef l’École de cavalerie de Saumur : - De Contades : « …fait preuve en équitation d’un véritable talent. » - Danloux : « Quelle joie j’aurais… de me faire critiquer par un Maître comme vous. » - Lesage : « Vous avez su admirablement mettre en valeur les grands principes qu’appliquait si bien le général Faverot. » - Margot : (sur une photo dédicacée) : « Au capitaine Beudant, notre maître à tous, le commandant Margot, Écuyer en chef à l’École de Cavalerie, en toute humilité. » - Général Donnio : « On ne peut pas parler de l’équitation de Beudant, c’était un sorcier !. »

Citations

Ouvrages

 

Albert-Edouard Decarpentry

Le général Decarpentry était un cavalier Français né dans le Nord le 22 janvier 1878, mort le 29 mai 1956.

Vie équestre

Né d'un père polytechnicien et éleveur Albert-Eugène Édouard Decarpentry entre à Saumur en 1904 sous le commandement du commandant de Montjou. Écuyer du Cadre Noir en même temps que Pierre Danloux, Jean-Charles-Emond Wattel et de Saint Phalle, il sera l'instructeur de Xavier Lesage, futur champion olympique et Écuyer en chef qui dira de lui : « Il travaillait tranquillement, sans esbrouffe, sans vouloir étonner la galerie ». Il restera écuyer à Saumur jusqu'en 1913.

Blessé au coude en 1916, le chirurgien qui devait l'opérer l'avertit que son coude risquait d'être ankylosé. Decarpentry lui demande alors de pouvoir « garder la position de la main de bride ».
Après la guerre, il accède au commandement en second l'école de Cavalerie (1925-1931). A la fois écuyer de talent et excellent pédagogue, il est également un théoricien de premier ordre et sera qualifié par Wattel comme « le plus savant » de sa génération.

Son équitation, basée sur « garder la position de la main de bride », la « conquête de l'impulsion » et l'« abaissement des hanches » est encore de nos jours considérée comme un modèle de classicisme.
Son ouvrage le plus célèbre (Équitation Académique) est d'ailleurs une compilation des auteurs classiques à laquelle il ajoute ses propres réflexions sur les difficultés rencontrées en pratique.
Il qualifie d'ailleurs modestement lui même son livre de « recettes de cuisine équestre ». Ce livre reste aujourd'hui une des références équestres des plus incontournables.

Juge international de dressage de 1930 à 1939, le Général Decarpentry présidera jusqu'à sa mort en 1956 le jury de la Fédération Équestre Internationale (FEI) pour les épreuves de dressage

Citations

Ouvrages

Ses principaux ouvrages sont:

 

Colonel Danloux

    Né en 1878 Danloux mourra en 1965.

Vie équestre

Danloux commence de bonne heure sa carrière militaire. Cavalier du Cadre Noir de Saumur l'élève Danloux se montre très doué. Il est avide de travail et veut aller toujours plus loin. Il suit l'enseignement d'un maître émérite le commandant Montjou écuyer en chef qui a lui même été formé par le général L'Hotte. Danloux devient sous-écuyer en 1905 puis après avoir accédé au grade de colonel, écuyer en chef de 1929 à 1933.

Tout au long de sa carrière, il a montré un remarquable talent de cavalier faisant preuve d'un véritable esprit créatif. Aidé de l'officier italien Alvisi, il revoit, corrige et approfondit la méthode  de la position à l'obstacle qui avait été mise au point par le capitaine Frederico Caprilli.
Le principe de la monte en suspension, buste fléchi vers l'avant avait déjà contribué à soulager le dos du cheval pendant le saut mais la position du cavalier à l'obstacle restait un peu raide. Le colonel Danloux parvint à résoudre ce problème en insistant sur la souplesse des articulations (théorie du Z) qui permet aux cavaliers d'amortir beaucoup plus en douceur les principales phases du saut.
Pour faciliter cette position et renforcer la stabilité du cavalier, en collaboration avec Alvisi, il met au point une selle d'un nouveau genre avec des taquets plus prononcés et un siège plus creux. Cette selle qui porte le nom de son créateur restera longtemps le modèle de référence pour les selles d'obstacle et les selles mixtes.

Citations

 

 

 

Général Wattel

Jean-Charles-Edmond Wattel est né le 28 juillet 1878 à Tourcoing. Il s'éteint le 22 décembre 1957.

Vie équestre

Jean-Charles-Edmond Wattel fut, selon ses pairs, «L’Écuyer de sa génération». Certains le comparèrent même à d’Aure et l’Hotte, en regrettant toutefois qu’il n’ait rien écrit, ce qui n’est pas tout à fait exact. Le 18 janvier 1953, quatre ans avant sa mort, il rédigea ces quelques lignes en tête d’un ouvrage de souvenirs et de «Notes d’équitation » où ce maître incontesté du piaffer faisait l’apologie du... reculer : «Ces souvenirs ne doivent pas être publiés. Je les ai écrits à 75 ans, après une longue maladie. Ils n’ont, à mon avis, aucune valeur, ni littéraire, ni pédagogique, ils fourmillent d’erreurs, de fautes de style, de contradictions. Je ne voudrais pas que ces notes désillusionnent ceux qui m’ont connu quand j’avais la plénitude de mes facultés intellec­tuelles et physiques. Mes enfants pourront y trouver de l’intérêt et, en cherchant bien, quelques conseils utiles».
Le dernier vœu de cet homme rigoureux fut, hélas, scrupuleusement respecté par sa famille, dont ses deux fils, excellents cavaliers qui regrettent aujourd’hui qu’on ne puisse bénéficier de l’immense savoir de leur père.

En préparant Saint-Cyr à Paris, Edmond Wattel, comme ses condisciples, pouvait monter à cheval, deux fois par mois dans un manège, rue de Suresnes, là ou avait eu lieu la seule entrevue connue entre le comte d’Aure et Baucher.

Le bagage équestre de Wattel était donc assez mince lorsqu’il entra à Saint-Cyr en 1897, mais il s’inscrivit aussitôt comme plus de la moitié des élèves comme candidat cavalier.

Classé 71 sur 598, il fut affecté au 2eme Dragons à Saint-Omer.

Ce jeune homme plutôt grand pour un cavalier, fin mais tout en muscles, ne rêvait alors que de courses et surtout de steeple. Le dressage était le moindre de ses soucis. Cependant, en voyant travailler le sous-lieutenant de Kermenguy qui avait été sous-maître à Saumur, il se rendit très vite compte qu’il était beaucoup plus agréable de monter un cheval assoupli, confortable, et soumis, plutôt qu’un cheval raide, contracté et désobéissant.

En 1900, comme tous les cavaliers de sa promotion, Wattel, surnommé «Le Watt» ou Watt par ses amis, suivit le cours d’application à l’école de Cavalerie.

Saumur était à l’époque le temple de l’équitation académique et les Écuyers du Manège l’objet d’une admiration et d’un culte difficilement imaginable. Wattel fut affecté à la brigade du capitaine Blacque-Belair, futur Écuyer en chef et fondateur du championnat du cheval d’armes (aujourd’hui le concours complet).

Sorti avec le n° 12 sur 70 et la mention très bien, Wattel revient au 21e Dragons comme lieutenant. Muté en 1903 au 3e Dragons, puis au 26e Dragons, il rejoindra Saumur en 1906, pour son stage de lieutenant d’instruction.

Entre-temps commence réellement sa carrière sportive. Grâce à l’amitié que lui portait le capitaine Blacque-Belair, des propriétaires en vue lui confièrent leurs chevaux dans des courses de gentlemen, et même dans des épreuves ouvertes aux professionnels.

Après avoir gagné à Lille avec un grand bai brun «Ulster», il affronta les jockeys à Enghien et Maisons-Laffitte, tandis qu’avec sa jument d’armes, «Gaule», de sang normand, Wattel brillait dans les military.

Le comte de Cherisey envoya aussi à Wattel un grand cheval panard et exagérément long, «José Marti», avec ce petit mot : «Il semble foutu, faîtes en ce que vous voulez». Durant tout un hiver, Wattel travailla «José Marti» à la longe dans un pré, ou en liberté au manège. Accompagné de son ami Haentjens, il le montait parfois, au cours d’un travail long et lent à travers la lande nantaise.

Avec «José Marti», il remporta quatorze steeples et découvrit que le travail non monté est irremplaçable pour remettre un cheval en condition.

Sur ce même «José Marti», il finit 1er à Verrie en 1904. Le commandant Gaborit de Montjou devenu Écuyer en chef le remarqua et lui dit :N’êtes-vous pas ce jeune sous-lieutenant qui allait bien sur les obstacles ? Si vous continuez ainsi, nous vous peindrons en noir

Wattel devint alors le spécialiste des chevaux difficiles dont il faisait des gagnants avec «Umber», «Infante» et «Forfar» qui le déposa brutalement sur le talus breton (on emporta Wattel inanimé sur une civière et il se réveilla à l’hôpital avec une poche de glace sur la tête). Sans pratiquer la monte à l’américaine, «comme les singes» disaient les gentlemen, il raccourcissait ses étriers de quatre trous et se penchait en avant, les fesses hors de la selle. J’ai eu du mal à adopter cette position disait-il, car on m’avait inlassablement répété : assis, assis

En 1906, Wattel revient donc à Saumur pour suivre le stage de lieutenant d’instruction.

Wattel portera la tenue noire pendant six ans, sous les ordres de Gaborit de Montjou et de Blacque-Belair. D’autres écuyers aux noms égale­ment prestigieux, Decarpentry, Danloux, Detroyat, Lafont, Saint-Phalle, Haentjens, Von­derheyden, Malherbe, formeront avec lui un groupe si brillant qu’il fut baptisé «la pléiade».

Wattel regretta d’abord que Montjou fût exceptionnellement avare de conseils. Une fois, dans son bureau, alors que Wattel venait lui rendre compte d’un problème, Montjou saisit le cours d’équitation du comte d’Aure et lui lut une page traitant de l’accord des aides. Puis, il lui dit en le congédiant gentiment : «C’est magnifique, n’est-ce pas ?».

A quelques mois de là, Wattel qui était en difficulté sur son cheval de dressage sollicita un avis. «Vous n’avez qu’à mettre votre cheval droit», répondit Montjou.

Une troisième fois, Wattel demanda à son Écuyer en chef «que faut-il dire à nos élèves ?». «Ne leur dites rien» fut la réponse.

Mimétisme ? Devenu Écuyer en chef à son tour, Wattel fut, lui aussi célèbre par la sobriété de ses paroles dont il fallait interpréter le sens comme celui des paraboles de l’Evangile, au niveau des principes.

Ces mots favoris étaient alors : «Travaillez sans cesse» et «Lisez et réfléchissez».

Ce qu’il mettait d’ailleurs en pratique chaque jour. «Toute ma vie, je me suis levé à cinq heures du matin», dira-t-il un jour à l’un de ses fils devenu officier de marine.

Le 23 juin 1913, le capitaine Wattel troquait à regret la tunique noire pour la culotte garance du 13e Dra­gons, de Melun, où il allait effectuer son temps de commandement.

La guerre est proche. Le 2 août 1914 le capitaine Wattel part pour le front à la tête du 1er escadron avec le casque à crinière !

Le capitaine Wattel qui a pris le commandement d’un escadron de 300 «Cavaliers à pied» se retrouve en Artois puis dans les tranchées de Champagne. Le 27 octobre, vers 7 h 30 du matin, alors que l’escadron Wattel a relevé des territoriaux dans la nuit, le secteur subit une attaque par gaz asphyxiants. Il y aura cinquante morts dont trois officiers et Wattel respirera des vapeurs d’ypérite avant d’appliquer sur son visage le masque à gaz de fortune distribué à la troupe un linge qu’il fallait imbiber d’hyposulfite de soude! Quarante ans plus tard, les médecins découvriront que les poumons avaient été atteints et Wattel sera rongé par la tuberculose.

Un défi qui semblait alors impossible à relever officiers : 2228 officiers de cavalerie (dont 4 généraux) avaient été tués au combat. Parmi les victimes, 19 anciens instructeurs de l’Ecole de Cavalerie (Cadres noir et bleu confondus).

L’École, elle-même, était en piteux état. Construits par des artilleurs américains qui s’y trouvaient cantonnés, des baraquements s’éle­vaient un peu partout. Les manèges avaient été transformés en ateliers de réparation. La sellerie avait disparu et, dans les quelques écuries encore en service, la gale sévissait et les rats paraissaient maîtres des lieux. La fameuse carrière du Chardon-net avait été «métamorphosée» en stade où l’on jouait au football... américain !

En visitant son futur domaine, en compagnie du colonel Thureau, le nouveau commandant de l’École, Wattel, peu loquace et ne laissant rien paraître de ses sentiments dit simplement «Ça ne va pas être facile, mais on y arrivera».

Quelques heures plus tard, flanqué d’un secrétaire venu de l’artillerie et de l’adjudant Macaire, un ancien sous-maître promu, sur le champ, Maître de Manège, le commandant Wattel se mettait au travail. Il devait tout reprendre à zéro, restaurer les écuries et les manèges, trouver des chevaux alors que l’élevage avait été éprouvé par la guerre, et aussi des... écuyers.

Au début d’octobre, en sept mois, Wattel avait gagné son pari. Manèges et écuries, remis en état, abritaient 450 chevaux. Des galopeurs étaient entraînés pour les courses de Verrie dont le nouvel Ecuyer en chef avait étudié chaque obstacle et son environnement, plantant inlassable­ment bruyères et plantes vivaces. Une dizaine d’écuyers et de sous-écuyers aidés par quelques sous-maîtres assuraient les cours. En août 1920, Wattel pouvait même présenter une reprise d’écuyers et de sauteurs en liberté au cours d’un mini-carrousel sur le terrain des Huraudières, la carrière Iéna étant encore en réfection.

Wattel, en fait, n’aimait pas les reprises publiques. «J’ai deux croix à porter, disait-il le Carrousel et les chevaux de généraux qu’il faut constamment redresser

Pendant dix ans, le commandant, puis lieutenant-colonel Wattel régna sans partage sur le Manège et ses écuyers dont il désirait qu’ils s'imposent autant par leurs qualités d’intelligence et de caractère que par leur virtuosité équestre.

Lui-même se voulait un cavalier exemplaire. Sa position à cheval se caractérisait par une assiette impeccable, une fixité absolue, une très grande puissance de jambes et une main dont le pouce, immuablement fermé sur les rênes — «Seule chose, disait-il, mais capitale, apprise à Saint-­Cyr» assurait une constante longueur de rênes, en laissant aux doigts une totale liberté d’action.

Le colonel Challan-Belval le décrit ainsi «D’une discrétion d’aides exemplaire, il était dans la sobriété de son élégance, la majesté à cheval ».

Après avoir essayé personnellement plus d’une centaine de montures et gardé quelque temps les meilleures, Wattel en choisit successivement huit, avec une certaine prédilection pour les pur-sang et les anglo-arabe.

— «Vauquois», pur-sang alezan qui fut son premier cheval de manège.

— «Cachotier», pur-sang bai-foncé qu’il montait au Carrousel de 1928.

— «Ostigo», anglo-arabe, généreux et doué à l’obstacle dont Wattel avait fait son «saut de barre», et qui avait probablement la classe internationale. Mais, l’Écuyer en chef n’aimait pas le concours hippique!

— «Rempart», magnifique anglo-arabe, important mais harmonieux dans son ensemble, dont le dressage fut conduit au plus haut degré de perfection, sans que jamais sa vaillance et son impulsion manifestent la moindre lassitude.

«Ceux qui, comme moi, écrivit le colonel Challan-Belval ont eu la chance de voir «Rempart» monté par Wattel, éblouissant de grâce et de brillant dans toutes ses attitudes, exécutant un piaffer et un passage extraordinaires, en se jouant, comme en liberté, en ont conservé une image inoubliable».

C’est à «Rempart» - le cheval de sa vie - que l’Écuyer en chef doit sa réputation auprès du public qui assistait aux reprises - Mais c’est la dernière monture de son temps de commandement Clough Bank», qui l’a crédité de l’admiration sans réserve des initiés.

Citations

Comme le colonel de Montjou, Wattel était avare de conseils.
« Travaillez sans cesse » et « Lisez et réfléchissez ».
Sollicité par de nombreux auteurs d’ouvrages sur l’équitation et le dressage, il répondait invariablement par un seul mot : « poussez », indiquant que l’impulsion est la priorité absolue.
Lorsque Wattel répond à un colonel en visite demandant comment mettre son cheval au passage « Il faut se lever de bonne heure », cela veut dire, en fait, que l’on doit travailler avec acharnement, que seul le travail est finalement payant.
 
Lorsqu’il sort de son mutisme habituel et dit à l’un de ses écuyers qui demandait: «Enfin, mon commandant, comment demandez-vous le changement de pied au galop »? : « J’y pense »! cela signifie que, lorsque l’accord intime est réalisé entre l’homme et sa monture, le seul fait de penser au mouvement fait jouer les réflexes qui en commandent l’exécution.

 

Commandant Xavier Lesage

Xavier Lesage était un cavalier de l'armée française, né le 25 octobre 1885, mort en 1968 à Gisors. Il fut écuyer en chef du Cadre Noir de Saumur de 1935 à 1939.

Palmarès

 

Ouvrages

Lieutenant-colonel Margot

Fils d'officier, Georges Margot naît à Versailles le 30 mai 1902. Engagé en 1926, il choisit le métier des armes et sert, en particulier, au 9e Régiments de Dragons à Épernay où il attire déjà l'attention du commandant Lesage et du Colonel Challan Belval. Il décède le 5 octobre 1998.

Vie équestre

Promu officier en 1932, il participe dès 1936 aux Jeux olympiques de Berlin en concours complet avant d'être affecté comme sous-écuyer à l'École de Cavalerie en 1937. La guerre le trouve au 14e Régiment de Dragons portés où il se distingue en mai 1940. Puis c'est la captivité à Nienburg-sur-Weser (Oflag XB) jusqu'en mai 1945. Le 1er février 1946, il est nommé instructeur en chef d'équitation à Saumur pour y rétablir le Manège de l'École de Cavalerie. Dès 1947, celui-ci participe à effectif complet au carrousel et à partir de 1952, renoue avec les tournées à l'étranger.
Il reste le seul à avoir participé, comme écuyer en chef, à une épreuve publique notamment en Dressage International à Berne en 1951 et préside le jury des Jeux Olympiques à Tokyo en 1964 et 1968.
Il préparait déjà le Cadre Noir à la profonde mutation qui allait bouleverser le monde de l’équitation à partir des années 60. Fidèle continuateur des généraux L‘Hotte et Wattel, il a contribué au rayonnement de la doctrine de Saumur en appliquant brillamment ses principes et en illustrant les écrits du général Decarpentry.

Palmarès

Ouvrages

 

N.D.L.R. La doctrine équestre française est reprise dans l'ouvrage du général Pierre DURAND "Le Cadre Noir du Colonel MARGOT" disponible à la boutique des Amis du Cadre Noir.