Le jour de l’Assemblée Générale de l’Association, l’écuyer affectataire de votre jument, Haute Belle ACN, vous a montré que celle-ci avait fait des progrès. En effet, Monsieur Jean-Paul MAGNEN a pu aborder le travail de deux pistes aux trois allures et même obtenir quelques changements de pieds au galop, mais aussi et surtout la « jeune fille » s’est présentée plus soumise.
Je voudrais donc profiter de l’occasion que me donne la jument pour aborder un sujet délicat :
LA SOUMISSION.
L’heure est à l’éthologie et c’est un bien lorsque celle-ci est comprise. En effet, une certaine mouvance « BABA COOL » voudrait laisser croire qu’il suffit d’un murmure dans le creux de l'oreille du cheval pour le dresser. A l’opposé de cette tendance citons la coercition : reproche faussement attribué aux tenants de la tradition militaire dont chacun sait que les exigences de la profession auraient transformé ses adeptes en dangereux tortionnaires. Toute plaisanterie mise à part, ces deux tendances sont aussi nuisibles l’une que l’autre. L’Homme de Cheval se nourrit de l’observation et l’étude du comportement de ces animaux apporte beaucoup à leur compréhension et donc à leur utilisation. XÉNOPHON dans ses traités – l’HIPPARQUE et DE L’ART ÉQUESTRE - apporte des réflexions sur le respect et l’obéissance et déclare, quatre cents ans avant Jésus Christ, qu’on obtient plus du cheval par la douceur que par la force. D’autre part ces fameux « nouveaux maîtres » ont développé leurs connaissances en réaction aux mœurs quelque peu violentes du nouveau monde :
- DEBOURRER en américain se traduit : TO BREAK DOWN
- le SACKING consiste à frapper avec un sac (d’où l’expression) le poulain attaché court jusqu’à ce que…
En tout état de cause, le cavalier qui a besoin de l’adhésion de son cheval à sa volonté ne peut l’obtenir ni par la contrainte ni par la suggestion. La douceur n’est pas la permissivité. A ce sujet tous les Hommes de Cheval savent qu’un poulain qui, ayant perdu sa mère à la naissance et qui est élevé au biberon à la maison, devient malheureusement souvent inmontable parce qu’irrespectueux. Il y a bien sur des contre-exemples mais en règle générale « on ne commande à la nature qu’en lui obéissant » et le cheval n’est pas un animal domestique (DOMUS = la maison).
Concernant cette notion de soumission, je ne puis mieux faire que citer un disciple de James FILLIS, Jean PERSIN de LAURET :
« LA SOUMISSION
C’est le résultat de la volonté du cavalier qui s’impose à l’animal de sorte que celui-ci sache que l’homme est le maître. Devant ces exigences se manifesteront des résistances d’où le cavalier doit sortir vainqueur… En effet un cheval tôt ou tard essaie quelque chose, parfois « mine de rien » pour « tâter le terrain », parfois avec révolte ouverte… Ce peut être un léger déplacement des hanches pour éviter l’effort de marcher droit, une incurvation discrète économisant l’effort de rester symétrique ; dans d’autres cas ce sera un léger déplacement de la tête ou un art de se coucher sur la jambe dans une volte… Parfois ce seront des défenses plus énergiques telles que pointe, ruade, plongeon de la tête pour arracher les rênes des mains du cavalier, voire reculer de rétivité.
Dans aucun cas le cavalier ne devra laisser échapper ces désordres, fussent-ils très discrets… Même si pour des raisons diverses, il ne corrige pas chacun d’eux, il devra se souvenir de ces indices et, à la première occasion, imposer l’obéissance… La grande difficulté réside dans la rapidité et l’accumulation de ces insoumissions… Dans l’instant même où le cavalier rectifie ou corrige telle insoumission, le cheval en commet souvent deux ou trois autres que le cavalier ne sent pas toujours. On ne peut tout corriger à la fois et en détail. Viendra donc un moment où le cavalier devra réduire l’insoumission à sa source, c’est-à-dire dans le psychisme de l’animal.
Ce pourra être, à l’occasion d’une révolte caractérisée, la détermination patiente et ferme de la volonté humaine. Il est impérieux que le cavalier y gagne en autorité.
Mais aucun cavalier ne peut être totalement sûr de sa victoire, c’est pourquoi il est parfois indispensable de provoquer une défense en choisissant le jour où il se sentira en pleine forme et dans des conditions lui assurant à 95% la certitude de s’imposer.
Un moyen sans violence consiste à mettre le cheval dans un coin du manège et à en obtenir une immobilité parfaite. Cheval aussi calme que possible ; effet d’ensemble ; rendre et caresser ; sentir la durée optimale d’immobilité à exiger ni trop ni trop peu… Puis recommencer ; enfin obtenir un déplacement de la croupe, à droite, à gauche… Revenir à l’immobilité totale. Dès que cette soumission est obtenue : pied à terre, récompense.
Il faut donc que le minimum de lutte amène le maximum de soumission. L’animal doit une bonne fois savoir qu’il est dominé. S’il fait désormais des fautes, ce seront de sa part des erreurs, de l’incompréhension ou de l’impuissance : ce ne seront plus des initiatives de révolte.
Il est évident que chez le jeune cheval, il faudra éviter tout affolement… Il est important qu’il prenne confiance dans les jambes et surtout dans la main du cavalier. Pour cela on s’efforcera de ne jamais demander ce que l’animal ne peut pas donner, même si sa bonne volonté est indubitable… On a souvent tendance à en abuser et l’animal se trouve ou bien totalement découragé ou bien, s’il a plus de caractère, au bord de la rébellion.
LA DISCIPLINE
Elle est le résultat de la soumission ; c’est l’état d’acceptation, devenue habituelle chez le cheval, des contraintes plus ou moins désagréables imposées par le cavalier… Nous disons bien « désagréables » et non pas « douloureuses ». C’est dire que l’animal par répétition ou continuité supporte de mieux en mieux, ce qui, à l’origine, aurait pu être source de défenses… Il s’est habitué au travail : il ne comprend pas encore tout ce qu’on attend de lui mais il continue à faire l’effort dans une sorte de résignation qui n’est plus révolte mais qui n’est pas encore collaboration.
En particulier, il a pris l’habitude de soutenir sa tête sans que le cavalier ait besoin de la lui replacer indéfiniment par des demi arrêts réitérés. Cette attitude soutenue n’est pas douloureuse ; elle n’est même plus pénible ; l’animal la garde « sans y penser » et cela de plus en plus longuement au fur et à mesure que sa musculature s’améliore. Autrement dit, la répétition et la continuité amortissent l’effort …
De plus, il est déjà capable de donner des cessions sans impatience et comme machinalement à des demandes de plus en plus discrètes… L’animal s’est rendu, dirons-nous, « corps et psychisme ».
LA DOCILITÉ
Avec cette nouvelle étape, l’animal commence, comme un élève humain, à participer avec le maître. Tout se passe comme si l’animal se mettait à « jouer le jeu », c’est-à-dire qu’il essaie de guetter ce qu’on va lui demander ; l’habitude ainsi que l’accroissement de ses forces et de sa souplesse lui permettent d’être prêt à écouter et à apprendre… A ce moment, il arrive même qu’il veuille trop en faire : il risque de faire du zèle… Tandis qu’avant la soumission il était prêt à dire « non » à tout, ici il est prêt à ébaucher des obéissances trop vite et à dire « oui » avant que l’ordre soit complètement donné. Là, il faut surtout ne pas le décourager mais lui faire comprendre qu’il doit donner ses forces seulement quand on les lui demande. Pour cela il importe d’agir en allant du simple au complexe et de bien décomposer les actions des aides toujours dans le même ordre, de façon qu’il ne « vole » pas le mouvement. S’il le fait, l’arrêter et recommencer jusqu’à ce qu’il donne seulement ce qu’on lui demande… Éviter surtout l’impatience chez l’animal qui risque d’agir trop vite pour se débarrasser. C’est affaire de diplomatie de la part du cavalier.
LE CHEVAL DRESSE ou LA BENEVOLENCE.
La bénévolence du cheval dressé, c’est le début de la phase où le cheval est assez maître de son équilibre, de ses forces (grâce au rassembler et à l’impulsion), assez maître de sa sensibilité (capacité à sentir les plus légères indications), de sa confiance pour qu’il aille sans erreur au devant des ordres… Il est devenu « disponible » selon un seuil de plus en plus bas et il propose avec bénévolence, c’est-à-dire avec « bon vouloir » son obéissance mais sans jamais en faire trop… Il « invente » dans le seul cadre de l’ordre donné, mais il n’improvise pas dans la fantaisie et le désordre… Il est comme on a dit : « en liberté surveillée ». Et dès lors, on peut lui faire confiance parce qu’il fait confiance et à partir de là les progrès sont sans fin ».On ne saurait mieux dire et je recommande donc la lecture et la méditation de ce petit ouvrage « PROPOS SUR LE DRESSAGE ET LA FIXATION DE LA MAIN » de Monsieur Jean PERSIN de LAURET
Colonel Loïc de LA PORTE DU THEIL